L’homme aux yeux à facettes

C’est très rare que je fasse un doublon entre LaSeiche et Naturawriters mais ce roman me semble tellement fort que j’aimerais partager le plus possible mon enthousiasme avec vous. C’est la littérature dont nous avons besoin, une littérature qui nous informe, nous alerte, nous créé d’autres paysages mentaux, nous incite à nous réveiller.

Un artiste taïwanais, Wu Ming-yi, vient d’amener le problème de la pollution colossale des océans à la lumière de tous dans un roman magnifique. L’homme aux yeux à facettes vient d’entrer dans mon top 20 des livres les plus créatifs, intelligents et incitatifs.

On ouvre le livre et on plonge dans le hors-temps de l’essentiel où les hommes de l’île de Wayo-Wayo doivent quitter leur terrain connu pour le grand large. File et vogue Atihei, file et vogue sur l’océan merveilleux et échoue sur un continent de déchet où tu survis, t’adaptes et perds le contact avec toute la beauté de tes racines. En plein océan, flottant sur ce continent de merdes, Atihei, ce jeune homme essentiel nous regarde. A dire vrai, il ne m’a pas quitté des yeux de toute la lecture, porte-parole des créatures muettes que notre bêtise massacre.

En écho à sa traversée, Alice se tient dans sa maison du rivage, en lambeaux, lourde de toute l’absurdité dépressive de nos contemporains, pleine d’amour non donné, mal donné, de chemins tordus et de solitude. Ils se rencontrent dans la catastrophe, ils ne tombent pas amoureux (ouf merci), ils se tiennent là et avec eux d’autres personnages forts à nous dire : regarde, réveille-toi, agis. C’est une lecture qui vous met KO, vous irrigue l’esprit avec de véritables tableaux de vie, d’une puissance créatrice inouïe servie par une traduction impeccable. Je n’exagère pas. Préparez-vous.