Eloge de la fausse note

Ce titre est celui d’un ouvrage de Marc Vella, pianiste nomade et créateur de la caravane amoureuse.

J’ai toujours pensé que la perfection était une valeur morbide car elle implique une espèce de fascination envers quelque chose, ou quelqu’un, qui aurait atteint une sorte d’état figé. Jamais je n’ai rencontré d’êtres comme ça, parfaits, mais des dizaines qui se torturaient en se référant toujours à cette exigence intérieure, familiale ou sociale... Je crois que ce qui est parfait est mort - tout est "plein" à tout moment, tout change à l’instant, et la saveur de l’impermanence ouvre en soi l’espace de l’accueil du Vrai.

" L’exigence de la perfection met au pinacle des femmes et des hommes d’exception que la foule adore.
Mais pour quelques-uns encensés, combien sont ignorés, méprisés, oubliés, démolis ?
Mesurons là tout le gâchis d’humanité.
Ne cherche pas à être parfait, ne cherche pas à faire bien pour être meilleur qu’un autre.
Cherche à faire au mieux pour toi et offre humblement cela au monde. Pour ça, sois, simplement.
Etreins, avec délicatesse, ce que tu es ; et ce que tu es est magnifique.
N’en doute pas.
Tu es un être spacieux, déjà réalisé.
Retiens ceci : tu es de l’or pur.
Quand tu fais quelque chose, mets tout ton cœur, juste cela.
En vérité, l’acte réalisé avec ta pleine présence suffit.
Tu verras alors que dans l’imperfection de ton trait, de ton geste, de ton mot, de ton verbe, il y aura tout le vibrant de la vie.
Regarde dehors, une forêt, observe les branches d’un arbre : sont-elles parfaitement courbes ou droites, sont-elles parfaitement douces et lisses ? Non, elles sont tordues et rugueuses. Regarde partout dans la nature, tout est incertain et libre et c’est cela qui est bouleversant.
Et c’est parce que tu es imparfait que tu es si bouleversant. Ton imperfection est miroir de la perfection.
Alors n’aie plus honte d’être qui tu es.
Dans l’écoute de toi-même, affine-toi, jusqu’à comprendre que, dans ta faille, se trouve toute l’aventure de ta vie.
Vole !
N’aie pas peur de l’abîme car l’abîme, c’est Le grand rendez-vous.
Dans ta souveraineté enfin retrouvée, tranquillement, accorde-toi la totalité de la vie, souris, déploie avec douceur tes ailes et vole vers ton soleil.
Il se peut que tu n’y arrives pas tout de suite, mais ne t’inquiète pas ; tu as le temps, car l’infini habite ton cœur."

Marc Vella

Marc est un des 230 lexicoeurs qui ont contribué au Dico du futur ! édité par Seepia.

Peinture de Pierre Bonnard.

(16 septembre 2017)



Spiritualité : chauffe Marcel !


"Je n’aime pas que l’on abîme les hommes. "
Saint-Exupéry, Terre des hommes

Je viens de lire sur Facebook un long texte d’Eric Baret sur l’amour (je vous le mets ici).

Un texte prenant, dense, vraiment intéressant, beau parfois, qui nous explique que l’amour amoureux est une illusion, le mariage aussi évidemment, que "Donc aimer ou détester relève du même monde fantasmatique et n’a rien à voir avec la réalité. La nature des choses, c’est l’amour. Je ne peux donc pas dire que j’aime quoi que ce soit".

C’est beau, hein ?, ça donne de l’espace, on se dit : "OK, j’avais juste pas bien compris, je vais dézoomer, m’élargir, apprendre cet amour autre, ce tout-amour."

Mais là, au passage, on s’en prend une petite, juste pour la route, car de l’amour entre nous Eric Baret nous dit qu’ "Avoir besoin d’amour, d’être aimé… Il faut se libérer de ce fantasme pour journaux féminins !" Ben voyons.

Je cite des bribes de ce texte parce que c’est ça qui est là mais il y en aurait des pages, des volumes et des kilomètres de vidéos à pointer des dérapages de ce genre, et pas que de lui.

Et ce matin, ô jour de gloire, me vient un immense ras-le-bol... parce que dites les mecs, depuis la plus haute Antiquité, vu que vous passez vos journées à laisser infuser en vous la Merveille, vous ne voudriez pas faire l’effort-sans-effort d’une méga cohérence ?

Parce qu’on vous regarde ! On vous lit !! On vous écoute !!! Par besoin de partage ou d’inspiration, on laisse vos paroles infuser en nous !!! On cherche par vous l’inspiration et, je suis désolée, mais parler les yeux mi-clos, sur un zafu, du haut d’une chaire ou le regard fixe ne suffit vraiment pas. On a beau être des micro-facettes d’un Très Grand Tout Aimant, vous êtes très exactement pareils - et par conséquent appelés à la plus grande humilité, collés-serrés les uns aux autres, ce qui implique beaucoup d’attention, d’innombrables interractions avec des êtres de tous les règnes et une grande capacité de remise en question, beaucoup de mouvement donc.

Et, je suis désolée, je sais que je peux aller voir ailleurs si ça ne me va pas mais tu peux aussi regarder et passer un coup de balai avec moi, non ? Donc, je vais peut-être faire grincer des dents mais je vais continuer.

Car j’en ai marre de ces enseignants dits spirituels qui détournent la quête de sens pour se cautériser mine de rien.
Dites-moi, mais quelle spiritualité affirme réellement avec Eric Baret : "Personne ne nous a jamais aimé, personne ne nous aimera jamais et c’est très bien comme ça ! Personne ne peut aimer. L’ego ne peut pas aimer. Quelqu’un ne vous aime pas ; il projette plutôt sur vous la réponse à une attente."
Wow.
Mais que sais-tu de l’amour absolu dont tu prétends nous indiquer la "vraie" texture si l’ego qui te tricote et que tu tricotes à longueur de temps n’est pas aimé ? Et avec lui toutes les expressions-vibrations de cet amour absolu, justement.
Comment fais-tu pour avoir des infos sur l’amour absolu si tu ne l’as jamais goûté ? C’est quoi ces hiérarchies entre les amours ? Cette condescendance vis-à-vis des émotions ? C’est pas encore clair que tout est très très relié, par l’amour ?

Je n’ai rien contre Eric Baret, évidemment. Ce n’est pas personnel. Tout ça ne va pas l’affecter et n’a aucune importance dans l’approche non-duelle de Jean Klein dans laquelle il baigne. Au passage, j’y ai baigné aussi, j’ai étudié quelques années chez les filles de Jean Klein et ça m’a tellement pas touchée que je l’avais complètement oublié. Tout ça a son charme mais c’est invivable, c’est la beauté glacée, coupante, c’est le ticket permanent pour la déprime chronique, belle, attirante, mais plombante.

Côté public (et j’en suis) qui suit "ces-guides-qui-n’en-sont-pas-mais-qui-jouent-quand-même-à-ça", j’en ai aussi marre de ce besoin maladif de croire n’importe quoi et n’importe qui, ce besoin d’avoir un maître, et donc de valider qu’il puisse y avoir une quelconque autorité spirituelle, en buvant les paroles de sages comme Mooji qui, par exemple, met en avant la disparition de la personne mais qui ne poste pas un message sans son visage avec (ah oui j’oubliais, c’est pas lui, c’est son équipe, lui il est trop "au-dessus"...). Notez que lui au moins se revendique "gourou", comme ça c’est clair.

Et tout ce fatras qui s’accompagne d’une espèce de notions fumeuse de niveaux, de ceux qui seraient "touchés" et pas d’autres, ceux qui sont "ascensionnés" ou pas, etc. Ces trucs traînent plus ou moins partout dès qu’on gratte et ce sont des relents de goût de pouvoir mal digérés, point.
Voyons-le s’il vous plaît. Restons simples. Moquons-nous de nos roitelets, dedans et dehors.
Parce que voyez-vous, la transcendance est pour tout le monde, ici, maintenant, c’est all inclusive, avec l’ego, les émotions, le manger, les enfants, les illusions, le pipi, les ermites, les familles, les visibles, les invisibles, tout, tous. Il y a un peu plus de 7 milliards de façons humaines de vibrer ça et cette expérience nous rassemble tous.

Évidemment, dans cette utilisation qui est faite par ces enseignants de la faim spirituelle pour se soigner, je ne parle même pas du piège dans lequel ils sont pris à devoir, quand ça commence à marcher, "vendre" leur truc parce que ça devient, forcément, un gagne-pain. Très peu ont l’honnêteté de bouger, d’arrêter les retraites, les cours, les "tournées" (oui, comme les rock star), les centres-écoles. Quelle avidité à exister spirituellement est ici à l’oeuvre ? Car, en général, ils se "retirent" puis reviennent... faire la même chose, détournant encore un peu plus le message. Et ça vaut pour les religieux évidemment (à Assise, par exemple, ce qui a été fait de l’esprit de François est saisissant, c’est plus grand mais c’est la même dynamique, tout ça vient du même endroit).

Alors appelons les choses par leur nom : la spiritualité c’est aussi du commerce. Tout ce qui ne t’apporte pas des pistes ou des outils pour être libre, autonome et dégagé de toute influence, dépendance, adulation, est un commerce ; tout ce qui te dit "ça c’est comme ça et pas autrement" est potentiellement faux (y compris ce que je dis là) ; tout ce qui ne te propulse pas directement et joyeusement dans la Transcendance s’apparente à un traffic. Jeff Foster, par exemple, est juste en affirmant que potentiellement tout, absolument TOUT, relève de l’expérience spirituelle.

Il n’y a pas de problème avec participer à des retraites ou autres, se sentir proche d’autres chercheurs, c’est génial. Mais est-ce que nous avons à faire à des enseignants-postulants-maîtres qui cheminent sincèrement dans la clarté du donner/recevoir ? Est-ce que cette personne plus engagée sur le chemin et qui parle avec un micro "sait" ou est-ce qu’elle propose d’explorer dans l’accueil aimant du tout ? D’où est-ce que "ça" parle ? Vous sentez la différence ? Elle est infime. Elle est énorme.

Ce qui est fait à des esprits peut être fait à des corps. On a vu cet été l’exemple sordide de Sogyal Rimpoché à Lerab Ling au sujet duquel Mathieu Ricard a apporté une mise au point importante (lire ici). Ne vous laissez pas abuser, ouvrez vos yeux du dedans, écoutez, écoutez tout, écoutez-vous et osez dire à l’autorité spirituelle : "bon, d’accord, et alors ?"
Allez au bout de la pensée qui vous parle et regardez qui parle vraiment.
Vous êtes super intelligents-es. Tous.

Et c’est vrai, "(...) se confier à un maître non qualifié revient à absorber du poison."

Aujourd’hui, il y a celles et ceux qui suivent des "maîtres" et puis il y a cette masse qui cherche, qui youtube, qui retraite, qui séminaire, etc. Et s’avaler des heures de vidéos de pseudo spiritualité est un poison, évidemment, parce qu’on "confie" tout autant nos esprits à tous ces gens !

Est-ce qu’on peut revenir une minute à l’esprit des origines et cheminer avec de grands inspirateurs ?
Vous voyez l’invitation du Christ ?
Où est-ce qu’il vous dit : rejette ceci ?
Une seule fois : avec les marchands du temple (Jean 2, 13-21).
Même Judas, il l’intègre.
Mais le détournement de l’Esprit ça non. Ce n’est pas le fanatisme, c’est l’alignement. Ce n’est pas l’intégrisme, c’est la peine de la confusion, c’est le vrai désir du Vrai.
Et parce que nous sommes traumatisés (encore) par des siècles de moralité mal placée, nous frémissons à l’idée d’éthique.
Oui, mais il n’en reste pas moins que dans la création, il y a des choses que tu fais et des choses que tu ne fais pas. Et tout est là, dans cet alignement, dans la façon fine et attentive de s’accorder, de soi au Soi, puis dans la relation avec les autres.

Il ne s’agit pas d’être parfaits, il s’agit d’être Vrais. Plus tu es conscient-e du truc, plus c’est ton impératif catégorique, ça se fait tout seul... Et être Vrai c’est être Aimant-e.

Le Dr Howard Thurman, conseiller spirituel de Martin Luther King, disait : "Ne vous demandez pas de quoi le monde a besoin. Demandez-vous ce qui éveille la vie, puis faites-le. Car ce dont le monde a besoin c’est d’êtres qui éveillent la vie." C’est ça !

Parce que c’est possible d’aller au-delà du développement personnel, de faire passer les choses en amenant réellement les gens à pulvériser l’armure, à sortir de la matrice, à s’élever, c’est complètement possible.
Byron Katie a fait une méga-dépression dont elle s’est sortie. SORTIE. Ce qui signifie qu’elle n’utilise pas les gens pour se soigner. Elle Aime, elle te fait vraiment avancer, elle ne te propose aucun système, elle a 4 questions pour toi et tu bosses avec. Amma, tu as du hug, tu as de la zik et des encens, du pure love et une fondation énorme qui est connectée non-stop (enfin, j’espère). Armelle Six a une évolution super intéressante avec sa proposition dansée, peu conceptuelle, en lien avec l’écologie. Dans une vidéo, Isabelle Padovani parle même de quelqu’un qui a quitté son séminaire dans la matinée pour "aller se rencontrer", et sa joie est palpable quand elle dit : "c’est ça mon rêve, rentrez tous chez vous et bossez !"

Bon. Je m’illumine. Je vois que j’ai des exemples hommes versus femmes. Il y a peut-être de ça mais je ne suis pas sûre. Il y a aussi des hommes spirituellement honnêtes (et, je l’espère, humainement aussi). Pour autant, sont-elles, sont-ils tous toujours totalement cohérents ? Probablement pas, mais elles et ils sont appelés à l’être, forcément, car autrement leurs témoignages et partages ne valent rien. C’est une question d’humilité, de dynamique, d’honnêteté, de capacité de faire retour aussi.

Eric Baret aurait dû corriger ce texte et le remettre dans le vrai. On peut toujours revenir sur ses pas, affiner, épurer, pour que ce qui est donné/vibré soit le plus lumineux possible. Et il me semble que la précision et la cohérence font partie de l’éthique de toutes ces personnes dont la spiritualité est "le métier" (même si ça les fait frémir peut-être, c’est un fait) et que nous payons pour nous parler.

Attention ici, comprenons-nous bien. Je suis complètement "pour" tous les outils valables du développement personnel et la liste serait trop longue des avancées spectaculaires dans ce domaine depuis 60 ans (et cette liste n’aurait aucun intérêt). Ces outils et les personnes honnêtes qui les proposent soulagent à longueur de temps et invitent chacun à "oser être soi", ce qui revient immanquablement à une prise d’autonomie dans la sphère de l’action et de la vie affective.

Ce qui coince, c’est quand on commence à parler de Dieu, du Saint-Esprit, du Tout Autre, du Grand Esprit, de la Conscience, du Soi ou encore de la Source.
Parce que là, on touche la moelle non-visible des gens, l’essence de l’Essence, le plus intime d’un être, "le coeur à Coeur" comme disait la petite Thérèse.
Et là, face à ça, on ne sait RIEN.
C’est totalement non-observable.

Nous sommes de plus en plus nombreux à témoigner d’intuitions, du dialogue qu’on peut avoir avec des vibrations, des guidances sur le chemin, de clartés, d’élévations même, on ressent "quelque chose" qui nous traverse, on se sent respiré, élargi, guidé mais c’est toujours TOUJOURS une expérience totalement intime.

Qu’est-ce que ça veut dire ?
Que l’expérience spirituelle se vit, point.

Dès qu’elle est partagée, elle est filtrée.

Et il n’y a aucun problème avec l’existence des filtres évidemment, ils sont notre 3D, notre "humanité, mais ne l’oublions pas et voyons les filtres qui nous font vibrer, voyons-les aussi chez celles et ceux qui nous invitent tant à nous débarrasser des nôtres.

Ainsi, tu peux partager ton expérience, tu peux plonger dans l’imaginal avec Jung, Corbin ou les travaux de Francisco Varela mais ne viens pas m’expliquer "comment c’est", ni "comment ça devrait être" parce que ce sera immanquablement faux. Je veux bien des poésies, des créations, des guidances, des discussions, le partage de toutes les expériences possibles, mais pas de définitions de la Conscience, juste l’humilité de dire : je ne sais pas.

Et là je pense à Nassim Haramein qui, comme tous les pseudo docteurs de l’Eglise, utilise à fond la crédulité ambiante pour vendre sa soupe. Mais quantique ou pas quantique la Conscience n’est PAS observable selon des critères scientifiques et la science, en l’état actuel de ses connaissances, n’a rien prouvé à son sujet. Le quantique est absolument sublime et totalement inspirant mais n’apporte aucune preuve scientifique (c’est-à-dire soumise à un protocole rigoureux d’observation) sur la Conscience. Je sais, c’est moche mais souvenons-nous que la raison de la science est d’apporter des preuves. Or, la Conscience échappe au domaine de la preuve : elle Est, elle révèle autre chose. Complètement, radicalement, infiniment Autre Chose, le pur Mystère.

Toute personne qui prétend expliquer le Mystère avec des concepts humains ment.

Alors, parce qu’on porte la trace d’une peur face à l’Inconnu, parce qu’on a associé obscurantisme et mystère, parce que croire aveuglément est rassurant pour beaucoup, parce que des "initiés" pensent soumettre les autres, on se défie du Mystère, on lui cherche des explications "scientifiques" et des "outils". Mais c’est l’impasse assurée.

Nos vies témoignent de ce Mystère et du miracle d’amour qui va avec, qui Fait tout ce qui Est - nous n’avons "que" cela, et c’est bien plus que nous ne l’imaginons.

A partir de là, ouvrez vos yeux du dedans et regardez bien ce que vous laissez entrer dans vos esprits car tout est parfait, oui... mais non !

Paix.

Bonus : ça aussi ça s’appelle lotus... c’est juste pas la même chose.

(25 août 2017)



De l’amour (Eric Baret)

Il y a du vrai dans ce texte mais, globablement, ça m’énerve et je l’ai dit ici.

« De l’amour, on ne peut pas parler parce que c’est ce qui est. Ce qui est n’est pas une expérience objective, c’est ce qui est là à chaque instant, sauf quand je prétends aimer ou que je veux être aimé. Quand je veux être aimé, je veux quelque chose. Quand je veux quelque chose, je n’aime pas. Quand je ne veux plus aimer, que je ne veux plus être aimé, dès que je me libère de cette volonté de m’approprier, de ressentir quelque chose, ce qui reste c’est l’amour. S’il y a fidélité à cet amour, c’est une véritable fidélité. Mais chaque fois que j’aime quelqu’un, chaque fois que je veux être aimé, je suis infidèle à mon autonomie et cette infidélité coûte très cher. Elle me coupe de ma résonance, de l’amour véritable.

La fidélité à l’amour n’est pas quelque chose à faire. ; C’est ce qui s’accomplit constamment, sauf quand je veux aimer ou être aimé. C’est alors une trahison, une imposture ; l’ego qui essaie d’attraper quelque chose.

Aimer quelqu’un est une projection, un fantasme, tout comme ne pas aimer quelqu’un. Dire que l’on n’aime pas telle personne est un fantasme. C’est être coupé de sa propre résonnance. Quand je dis que quelqu’un n’est pas sympathique, je vis dans mon fantasme, dans mon orgueil, je suis coupé de ma réalité. Si je suis présent, il n’y a rien qui ne me soit pas sympathique. Mais quand je vis dans mon fantasme, tout ce qui ne correspond pas à mon attente m’est antipathique.

Donc aimer ou détester relève du même monde fantasmatique et n’a rien à voir avec la réalité. La nature des choses, c’est l’amour. Je ne peux donc pas dire que j’aime quoi que ce soit. Aimerquelqu’un, cela voudrait dire aimer moins les autres. Ce n’est pas l’amour, c’est un manque d’amour. L’amour n’est pas exclusif, il est inclusif. Il y a des gens qui aiment leurs enfants et aiment moins ceux des autres. C’est une pathologie. L’enfant qui est devant nous est notre enfant. Cette fidélité à l’amour est une forme de clarté.

Avoir besoin d’amour, d’être aimé…Il faut se libérer de ce fantasme pour journaux féminins !

Personne ne nous a jamais aimé, personne ne nous aimera jamais et c’est très bien comme ça ! Personne ne peut aimer. L’ego ne peut pas aimer. Quelqu’un ne vous aime pas ; il projette plutôt sur vous la réponse à une attente. Quand vous correspondez à cette attente, il vous aime. Quand vous ne correspondez plus, il vous jette et il prend quelqu’un d’autre qu’il aime à sa manière. On n’a pas besoin de cet amour.

Le besoin d’être aimé est une maladie, et le besoin d’aimer aussi. Cette maladie se résout quand une sensibilité corporelle s’éveille. L’éveil sensoriel nous libère de ces besoins fantasmatiques. Il n’y a pas de besoin. Le besoin est futur. Dans la sensibilité, dans l’instant, de quoi pourrais-je avoir besoin ? Cela ne veut rien dire.

Etre amoureux est une pathologie. Comme toute émotion, elle a des moments de totale beauté. Quand vous êtes ivre mort, que vous avez pris des drogues, trop mangé ou fait un effort physique trop important, il y a ainsi des moments de folie sensorielle qui sont autant de moments de méditation. Etre amoureux contient aussi ces moments qui dépassent notre fonctionnement habituel.

Etre amoureux est l’expression d’un manque d’amour ; cela veut dire que ce dont on n’est pas amoureux passe au deuxième plan. Je suis amoureux et, si quelqu’un a besoin de moi, je n’ai pas le temps de le voir parce que je suis amoureux ! Ce n’est pas possible. On est amoureux de ce qui se présente maintenant, pas amoureux de quelqu’un que l’on doit aller voir, négligeant pour cela toute la souffrance de l’entourage immédiat. Il n’y a fidélité qu’à cette évidence.

L’amour inconditionnel pour quelqu’un, c’est des histoires de jeune fille. Il est inconditionnel…jusqu’au jour où il est conditionnel.

La plupart des êtres humains ont besoin d’une situation de couple pour vivre dans une certaine harmonie. Beaucoup de gens aiment parler et ils ont besoin de quelqu’un pour écouter. Bien sûr, vous pourriez parler au mur. Mais la plupart des gens ont trop de concepts pour apprécier la profondeur du mur. C’est pourquoi ils se marient. Mais ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils se mettent à parler au mur.

Pour la plupart des gens, le mariage est une bonne affaire. Cela se situe exactement sur le plan animal. « Tu me donnes ceci, je te donne cela. Si tu m’aimes, je t’aime. » C’est ce que la plupart des gens appellent l’amour. C’est étonnement peu pratique, mais approprié pour beaucoup. La plupart des gens ont besoin d’une image de sécurité. Ils ont besoin de savoir vingt ans à l’avance si on les appellera « mon amour » ou non. Il est très rare qu’une attirance physique soit également intellectuelle et affective. Dans nos sociétés mondaines et artificielles, on a voulu instituer des structures où il fallait tout trouver dans la même personne. Dans chaque être que vous rencontrez, une profondeur est présente. Mais l’ego, la personne, veut une sécurité. Alors, on a créé des institutions qui sanctifient la peur de l’ego. L’ego a tellement peur qu’il s’est approprié de manière religieuse ces sacrements et, à cause de cela, des gens respectent « la femme » ou « le mari » d’autrui. La perversité s’est insinuée dans notre psychisme à un point tel que l’on respecte ce qui n’existe pas : la peur, la propriété.

Les êtres humains ne sont la propriété de quiconque. Mais l’ego a besoin de prétendre et, pour cela, on crée des chaînes que les gens portent au doigt. Ils sont fiers d’être enchaînés, ils aiment une personne plus qu’une autre. C’est une invention respectée par la société. Ces sacrements sont conférés par des êtres déguisés en sombres fantômes qui camouflent souvent leurs penchants refoulés sous une religiosité érigée en moralité… A un certain moment, on ne se sent plus concerné par ces caricatures pathologiques. Il est normal que certaines personnes se réjouissent quand une équipe de football qui a le même accent que le leur marque un but. Mais vient un jour où l’on ne se sent plus en symbiose avec ce comportement. Vous réalisez à quel point quelqu’un doit être malheureux pour être comblé quand un morceau de cuir dépasse une ligne, pour s’imaginer qu’il possède un homme ou une femme et qu’il existerait un lien autre que celui de l’amour.

Cela n’empêche pas, pour des raisons fonctionnelles et économiques, de se livrer à ces rites étranges – qui ne sont d’ailleurs pas des rites mais des antirites, des antiritualisations – de nos sociétés. Simplement, à un moment donné, il devient impossible d’y trouver une émotion. »

Eric Baret

(25 août 2017)



Techouva - Faire retour

"If you want a happy ending, go back to the beginning" (Byron Katie)

Je ne sais pas si je vais arriver à mettre un point final au livre sur lequel je travaille, ou plutôt qui me travaille. Ce qui s’en vient est tellement beau... Et donc, j’étais ces dernières semaines très engagée dans la "techouva".

Techouva - faire retour.

Comprise dans son sens premier, c’est une grande et puissante pratique, elle dénoue tout, elle ré-aligne tout.

Elle est une des grandes lumières bienfaisantes de la tradition hébraïque. Et comme on sait, ma vibration se nourrit de toute tradition car il y a dans chacune des phares immenses (et de sombres écueils aussi évidemment).

Il s’agit de faire retour, non pas en revenant-radotant sur "les erreurs" mais en faisant retour vers l’Origine, et en y restant calmement.

Les 5 premiers sens spirituels sont mobilisés dans ce mouvement intérieur où l’on est comme aimanté par l’Origine dont on s’était cru séparés : le sens du rythme, le sens de la prière juste, le sens de l’écoute, le sens de l’équilibre (espace et positionnement), et le sens de la paix. L’énergie du coeur donnera le tempo, la durée du retour, et par ce chemin de retour advient "la" rencontre.


Ici un lien fort intéressant pour éviter de mélanger les choses... car en matière de spiritualité la précision a une importance particulière.

(20 août 2017)



Le Sorbier : une devinette

Mon coeur déborde en permanence. De vie, d’enthousiasme, de gratitude. Pour moi, c’est normal. Pour d’autres, c’est usant. C’est juste que la mort marche tant main dans la main avec la vie - à un point tel que je me demande souvent pourquoi nous avons ces deux mots ne désignant pourtant qu’une seule et même chose - c’est si précis, si intense, si présent que je suis inlassable à découvrir et goûter la création. Et ce matin, c’était un sorbier.

Il y en a partout en Finlande, partout.

Lundi, Flora me demande le nom de l’arbre.
- Je ne sais pas ma chérie.
- Allons, devine, maman.

Deviner, comme divination, signifient : "accomplir des choses divines".

Mercredi, Helena m’invite à découvrir la "médecine" (au sens amérindien) du sorbier et à travailler avec elle, à l’intégrer dans ma pratique iconoclaste et synchrétique certes mais néanmoins bien réelle.

On l’appelle l’Arbre des oiseleurs (les oiseaux sont friands de ses graines). Ou l’Arbre du service, tant son bois a été utilisé par les hommes pour des tas de choses. Il a été considéré comme un arbre sacré pour protéger le bétail contre la foudre, ayant également le pouvoir de chasser les mauvais esprits qui rôdent autour des maisons.

En ce moment, ses graines mûrissent et pourrissent, et ça donne une odeur citronnée aux abords des forêts. C’est un bois doux, proche du cerisier. Il brûle bien.

« L’ogham (ancien alphabet irlandais) du sorbier est en rapport avec le juste discernement, la discrimination, la perspicacité, l’analyse claire et pertinente des choses. Il met donc en garde contre les tentations du doute, de l’illusion et de l’incertitude. Par ailleurs, le sorbier, selon le prisme de l’ogham, a aussi d’autres valeurs symboliques : la vitalité, la longévité, la santé, l’éternelle jeunesse et l’immortalité. »

Tout ce qui est lié à la symbolique de cet arbre me parle immensément, tout était annoncé par des rêves, messages, visions. Et sept plumes sur mon chemin ce matin après avoir "travaillé" avec l’arbre. Juste au cas où j’aurais encore des doutes.

Tu peux détester les oracles et les prophéties - ce Verbe toujours énigmatique, demandant à être finement ressenti avant que d’être compris, et nous sommes encore si peu à l’aise avec la force du Mystère. Comme tout en ce monde, selon le canal et l’usage qui en est fait, les oracles sont à double tranchant : soit ils t’enferment, te ligotent à tes peurs et tes attentes, soit ils libèrent en toi l’accès, t’ouvrent à ta propre co-création avec et par le divin, et c’est ça qui compte.

Au plus j’avance, au plus je vois que tout est en dialogue constant avec nos âmes, nos coeurs, nos corps. Sorbier est venu comme un rappel autant qu’une réponse, et puisque des guidances me sont tant données, je les accepte enfin. Et je me souviens qu’enthousiaste signifie au départ simplement avoir dieu en soi, ce qui est une chose très simple quand elle est dégagée de tout conditionnement.

Dans le coeur.

(18 août 2017)



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