Une lettre sur le viol

Il m’est arrivé en sortant de l’adolescence ce qui est arrivé à des millions de femmes, et arrive encore. Tout ce flot n’est pas si évident que ça à gérer quand le collectif vient percuter quelque chose de son histoire intime à soi. Et comme la sphère de la sexualité relève de l’intime, on sait bien la honte et l’humiliation pour toutes celles (et ceux) qui traversent ce genre d’épreuve. Et la pudeur.

Maintenant, c’est au grand jour. A un point tel. L’abcès collectif en train de se vider - et ce n’est que le début.

Après, je n’ai rien dit pendant 17 ans. Ensuite, je l’ai mentionné comme ça, sans trop m’étaler parce que bon, qui ça intéresse ? Qui a vraiment de l’empathie ? Et puis de toutes façons "c’est passé, maintenant..." J’ai entendu ça, d’autres choses, ou rien.

C’est très fort et très beau ce qui se passe-là. Vous allez voir les merveilles de réconciliations qu’il y a derrière tous ces partages et hashtags.

Et hier, surprise dans ma boîte aux l’êtres. Basile Remaury, un ami de longue date, d’une petite vingtaine d’année je crois, m’écrit pour me parler... de ça.

On s’est connu à Paris. Maintenant il vit à Nantes, moi en Finlande. De temps en temps, on travaille ensemble. Il fait des films. On est tous deux parents de petites filles. Voici ces mots - de puissantes graines de paix.

"Bonjour Eva,
je repense à ce que tu m’as confié à Tampere en 2014,
nous parlions d’écriture et tu as évoqué ce viol,
et il n’y a pas eu de suite.

Jusqu’à aujourd’hui.

Cette violence qui irrigue un monde qui n’était pas le nôtre,
cette violence sur laquelle d’autres que nous ont construit un monde, immonde,
qui m’a transmis cette vision absolument fausse de l’égalité et de la justice qui aujourd’hui, fort heureusement,
agonise,
je suis ravi, soulagé, de savoir qu’aujourd’hui, ce monde-là s’écroule, et pour longtemps, et à jamais,
ravi de vivre depuis aujourd’hui dans un monde qui vient, que nous partageons,
et meurtri de savoir que ça ne pourra jamais réparer la violence que tu as subie, que rien ne le pourra,
violence physique doublée de la violence sociale de l’impératif de taire,
violence du silence, triplée par la violence d’hommes dominant qui affirment que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, et qu’il convient de continuer nos affaires, au moment même où la condition féminine est manifestement une condition inégalitaire et de souffrance, sache que donc le message que tu m’as adressé est arrivé, c’est la bonne nouvelle des années à venir, et que je m’emploie comme je peux à construire cette formidable promesse, à mon niveau, pour vous, pour nous.

Tous ces silences font une montagne et tout en haut, quelques cris pourtant si nombreux, ne dessinent seulement qu’une petite partie, un sommet enneigé. Vraiment là, votre douleur nous est palpable comme rarement, comme jamais, c’est le huitième continent.

Bonne journée."

(18 octobre 2017)



Faust - Judas : le traître en soi

"J’ai mis mon âme à l’extérieur de moi-même."
Amertume de Faust qui vendit son âme au diable.

Rappelons qu’il ne manquait rien au Docteur Faust, il était aimé, admiré, reconnu, riche, savant.
Que lui manquait-t-il ?
Le goût...
Il vendit son âme au diable pour jouir de la vie, la goûter, aimer l’innocente Marguerite.
Que lui manquait-t-il ?
Le sens de la sécurité, de la protection, de la confiance, la foi en somme...
Et il vendit son âme pour savoir comment contrôler les événements...
Et massacra Marguerite comme on fait avec les agneaux.

Éternel insatisfait, Faust c’est Judas - le traître en soi, ce pacte, ce baiser.
Celui qui grandiloque ou sabote minutieusement.

Je regarde en ce moment de très près l’aspect collectif de nos co-créations.
Je regarde les créations collectives muter.

On sent depuis longtemps la pensée contemporaine comme épuisée. En impasse.
Pareil avec la politique. Et la spiritualité. On arrive à un point mort.
Un système après l’autre, une croyance après l’autre, une illusion après l’autre, un programme après l’autre, un enseignement après l’autre, tout fond, de plus en plus, chez de plus en plus de gens.
On a de moins en moins de doutes, on se défait de notre besoin de s’en remettre à d’autres pour prendre "soin" de nous.
On voit nos Faust et nos Judas cesser de nous intéresser.
Et ça peut sembler un peu désertique peut-être, mais ça se repeuple vite joyeusement de vrai, de Christ, de Marie, de Jean, de Lazare et de Luc...
L’Être se déploie, prend sa place et nous mène par le Coeur, par la Joie.

Ne reste plus maintenant je crois qu’à utiliser l’énergie de la pensée habituelle et ancienne privée de ses joujoux pour développer un nouveau sens du ressenti qui va nous guider dans cette conversion de toute énergie dans l’Amour pour l’accomplir entièrement.

La lumière retourne tout et remet tout debout, y compris Faust et Judas.

(oeuvres de Ary Scheffer, Giotto et Frédérique Lemarchand)

(13 octobre 2017)



Trop, c’est trop... et pas assez aussi !

Alors IL m a dit --- --- » t’es trop
T’es trop mystique
T’es trop belle
T’es trop maigre
T’es trop jeune
T’es trop femme
T’es trop bonne
T’es trop si
T’es trop là
Trop trop trop
Tes capacités à voir, à prévoir, à sentir, à aimer
Trop quoi

Trotro c’est un petit cheval dans un dessin animé qu’Eden connaît
Un petit cheval qui court dans tous les sens

Alors ELLE m a dit --- ---> t’es pas assez
Mais en fait t’es pas comme moi
T’es pas comme nous
T’aime pas la stabilité
T ’aime pas si t’aimes pas là blablabla

A il trop et elle pas je souhaite aujourd’hui belle union et je les recrache
comme une chouette et sa boulette de déjection
Car j’ai vu j’ai senti j’ai aimé et j’ai jeté la clef
Les portes se sont ré-ouvertes et avec elle UNITÉ
Créer danser chanter
La lumière se fait car tout s’inscrit dans l’énergie
Le secret est illusion
Le mensonge persistance dans l’illusion
Les clefs n’existent que parce que certains aiment nouer plutôt que de lâcher, condamner plutôt que de rendre et d’ouvrir
La clef universelle celle du coeur ouvre les portes, toutes les portes
Celles des vieilles casseroles et des paradis
La stabilité est l’axe vertical et horizontal qui relie chaque jour de haut en bas et d’est en ouest jusqu’au centre, ici mon paradis
Mise en lumière à vous parties sombres allez relâchez-vous et prenez la juste place en mon coeur de sorte que ce IL disparaisse en vapeur de rose et que ce ELLE s’envole, hirondelle...

Amandine Amari

Retrouvez la créativité d’Amandine sur son site.

(5 octobre 2017)



Qui es-tu sans ton histoire spirituelle ?

Un très beau texte de Jeff Foster...

"S’il te plaît, ne me parle pas de la ’Pure Conscience’ ou de ’Demeurer dans l’Absolu’.
Je veux voir comment tu traites ta partenaire, tes enfants, tes parents, ton précieux corps.
S’il te plaît, ne me fais pas un cours sur ’L’illusion du soi séparé’ ou sur la façon dont tu as atteint le bonheur permanent en seulement 7 jours.
Je veux sentir ton cœur rayonner d’une chaleur réelle.
Je veux entendre comment tu écoutes, comment tu encaisses toute information qui ne correspond pas à ta philosophie personnelle.
Je veux voir comment tu t’y prends avec les personnes qui ne sont pas d’accord avec toi.
Ne me dis pas à quel point tu as fait du chemin, à quel point tu es libre de l’ego.
Je veux te connaître sous les mots.
Je veux savoir à quoi tu ressembles lorsque les problèmes te tombent dessus.
Si tu peux accepter pleinement ta douleur sans prétendre être invulnérable.
Si tu peux sentir ta colère, sans basculer dans la violence.
Si tu peux accorder un passage sûr à ton chagrin, sans en être esclave.
Si tu peux sentir ta honte sans faire honte aux autres.
Si tu peux merder et l’admettre.
Si tu peux dire ’désolé’, et le penser vraiment.
Si tu peux être pleinement humain dans ton éclatante divinité.
Ami.e, ne me parle pas de ta spiritualité.
Ça ne m’intéresse pas vraiment.
Je veux simplement te rencontrer, TOI.
Connaître ton précieux cœur.
Connaître ce magnifique humain qui lutte pour la lumière.
Le rencontrer avant ’l’être spirituel’.
Avant tous les mots profonds."

Un petit autel naturel et spontané pour fêter l’équinoxe et rendre grâce simplement ce dimanche 24 septembre, sur les rives du lac Pyhäjärvi.

(25 septembre 2017)



Eloge de la fausse note

Ce titre est celui d’un ouvrage de Marc Vella, pianiste nomade et créateur de la caravane amoureuse.

J’ai toujours pensé que la perfection était une valeur morbide car elle implique une espèce de fascination envers quelque chose, ou quelqu’un, qui aurait atteint une sorte d’état figé. Jamais je n’ai rencontré d’êtres comme ça, parfaits, mais des dizaines qui se torturaient en se référant toujours à cette exigence intérieure, familiale ou sociale... Je crois que ce qui est parfait est mort - tout est "plein" à tout moment, tout change à l’instant, et la saveur de l’impermanence ouvre en soi l’espace de l’accueil du Vrai.

" L’exigence de la perfection met au pinacle des femmes et des hommes d’exception que la foule adore.
Mais pour quelques-uns encensés, combien sont ignorés, méprisés, oubliés, démolis ?
Mesurons là tout le gâchis d’humanité.
Ne cherche pas à être parfait, ne cherche pas à faire bien pour être meilleur qu’un autre.
Cherche à faire au mieux pour toi et offre humblement cela au monde. Pour ça, sois, simplement.
Etreins, avec délicatesse, ce que tu es ; et ce que tu es est magnifique.
N’en doute pas.
Tu es un être spacieux, déjà réalisé.
Retiens ceci : tu es de l’or pur.
Quand tu fais quelque chose, mets tout ton cœur, juste cela.
En vérité, l’acte réalisé avec ta pleine présence suffit.
Tu verras alors que dans l’imperfection de ton trait, de ton geste, de ton mot, de ton verbe, il y aura tout le vibrant de la vie.
Regarde dehors, une forêt, observe les branches d’un arbre : sont-elles parfaitement courbes ou droites, sont-elles parfaitement douces et lisses ? Non, elles sont tordues et rugueuses. Regarde partout dans la nature, tout est incertain et libre et c’est cela qui est bouleversant.
Et c’est parce que tu es imparfait que tu es si bouleversant. Ton imperfection est miroir de la perfection.
Alors n’aie plus honte d’être qui tu es.
Dans l’écoute de toi-même, affine-toi, jusqu’à comprendre que, dans ta faille, se trouve toute l’aventure de ta vie.
Vole !
N’aie pas peur de l’abîme car l’abîme, c’est Le grand rendez-vous.
Dans ta souveraineté enfin retrouvée, tranquillement, accorde-toi la totalité de la vie, souris, déploie avec douceur tes ailes et vole vers ton soleil.
Il se peut que tu n’y arrives pas tout de suite, mais ne t’inquiète pas ; tu as le temps, car l’infini habite ton cœur."

Marc Vella

Marc est un des 230 lexicoeurs qui ont contribué au Dico du futur ! édité par Seepia.

Peinture de Pierre Bonnard.

(16 septembre 2017)



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