Uluru - Olivier Vachez

Le plus gros monolithe du monde

Après avoir pénétré dans le territoire du nord de l’Australie (200.000 habitants pour une superficie égale à presque trois fois celle de la France), nous avons poursuivi notre route en direction du parc national de Uluru/Kata Tjuta, situé 347 km plus loin.

Au départ de cette marche, il était huit heure du matin. Le degré d’humidité était de 8%. A partir de 10 heures du matin, la température allait atteindre 39°c à l’ombre. Il est plus que recommandé de boire 1 litre d’eau par heure dans ces conditions. La région de Uluru/Kata Tjuta n’est pas exactement Disneyworld. Si l’on a problème de santé (déshydratation, morsure de serpent, insolation …), l’hôpital le plus proche se trouve à Alice Springs, 437 km plus loin. Le Nord et le centre de l’Australie sont parmi les régions les plus inhospitalières du monde. D’octobre à mars, il est en fait conseillé de prévenir la police et les services des parcs nationaux en leurs indiquant la route que l’on souhaite suivre. Les distances énormes à parcourir, le manque d’ombre si l’on tombe en panne de voiture et la déshydratation s’opère sans que l’on s’en rende compte. On perd alors très vite sa logique, son discernement et les choses peuvent tourner mal.

En nous approchant pour la première fois du monolithe le plus imposant du monde, ses deux tiers étant souterrains, j’avais la curieuse impression de découvrir un objet étranger à notre planète. Cette masse énorme donne en effet l’impression de ne pas être à sa place, posée là au milieu de cette plaine immense et aride. Plus on s’en approche et plus Uluru fascine. Il est aisé de comprendre pourquoi les aborigènes considèrent ce rocher comme sacré.

Le lendemain matin nous avons suivi et écouté Martha Coomber, garde-forestier du parc, au cours d’une petite randonnée informative de 1.5 km au pied du rocher. Cette activité est offerte par les services du parc national. Voici quelque unes des informations qui nous ont été transmises par notre guide... Le parc d’Uluru Kata Tjuta compte 72 espèces de reptiles sur les 760 connues en Australie.

Ici il ne pleut que 60 millimètres par an. Quand l’eau de surface a disparu, il est inutile de creuser.

Ces acacias, que les aborigènes appellent Mulla, sont des arbres qui résistent mieux à la sécheresse que les Eucalyptus. Ce sont en fait des plantes pionnières qui se nourrissent de phosphates, présent en grande quantité dans le sol et qui en échange y fixent de l’azote.

Cet arbuste, Ficus platypotia, est une espèce de figuier poussant couramment dans la région. Très important pour les Aborigènes, puisque l’arbre leur fournissait une bonne source de nourriture avec ses fruits.

Ces Eucalyptus Terminalis poussent aux pieds des marques noires que l’on voit par endroits sur le rocher. La pluie cause cette coloration. Lors de gros orages, l’eau s’écoule en cascade jusqu’à 300 ou 400 mètres de distances du rocher. Ces arbres peuvent ainsi pousser en suivant ces cours d’eau éphémères et survivrent même lorsque toute l’eau s’est évaporée. Quand le vent souffle sur ces mini forêts depuis la plaine, il est rafraîchit par le système d’air conditionné naturel, crée par la transpiration de ces Eucalyptus.

Les Aborigènes possédaient très peu de choses et vivaient nus. Les femmes avaient toujours avec elles un récipient en bois, le Piti, pour transporter sur leur tête de l’eau, des fruits ou des graines. Elles avaient aussi une canne pour aider à la marche. Les hommes possédaient un propulseur et quelques lances pour la chasse. Parfois un boomerang. C’était tout.

Les Aborigènes avaient un style de vie minimaliste. Ils pratiquaient le troc. Leur philosophie se résumait ainsi "plus je donne, plus je deviens riche ." Par exemple, pour un steak de kangourou donné à chacun des membres de son clan, le chasseur se considérait riche puisque les personnes à qui il avait donné, se devaient de lui rendre un service en échange. Le plus souvent de la nourriture. Tous respectaient ce code. Ils le font encore aujourd’hui, partageant tout avec leur compagnons. Malheureusement aujourd’hui, et dans certains cas, l’alcool fait aussi partie du partage.

Acacia olegana, une des plantes les plus rares du monde ; n’avait pas d’utilité pour les aborigènes.

Symbole vieux de 7000 ans. Celui-ci représentait une entité qui se transformait à volonté en feuille ou en eau, lors du temps des rêves, le dreamtime ou mythologie aborigène. Les symboles gravés ou peints par les hommes l’étaient sur de la roche. Ces œuvres étaient donc permanentes. Les femmes, elles, dessinaient sur le sable. Dessins impermanents parce que plus secret (pour ce qui est de la contraception, par exemple).

Dans certaines cavernes les femmes écrasaient ces graines pour en faire de la farine. La récolte des graines dans ces herbes devait être un travail très fastidieux.

Une caverne d’Uluru appelée « la vague ». Réservée aux hommes, elle a été sculptée par le vent et le sable. Les femmes avaient elles aussi leur propre lieu où se réunir, pour y mener des cérémonies, par exemple.

Caverne « maison de retraite » pour les vieillards et réservée aux hommes.

Ce ne sont là, que quelques unes des informations que Martha nous a transmises. Il faudrait toute une vie et peut-être plus, pour avoir une idée du style de vie des aborigènes. Après cette marche, nous avons fait le tour du rocher à pied (10 km).

Sachez que le long du parcours, il y a de nombreux panneaux indiquant aux marcheurs de ne pas prendre de photos, certains détails du rocher étant tabous aux yeux des Aborigènes. La plupart du temps, il s’agit de lieux réservés soit aux femmes soit aux hommes, et si le représentant de l’un des deux genres tombait sur la photo d’un lieu interdit, publiee sur Internet ou dans un livre, il ou elle hériterait d’un mauvais karma.

La chasse était réservée aux hommes. Une fois l’animal blessé par une lance, le chasseur attendait qu’il s’épuise avant de l’assommer. Il chassait à l’affût, le plus souvent aux abords d’un trou d’eau. Il ne visait jamais les animaux sortant les premiers de l’endroit. Ceci afin d’éviter de tous les effrayer, ce qui aurait eu pour effet de plus les voir revenir s’abreuver. Ils cuisaient leur viande sans enlever les peaux des animaux tués, afin de conserver le maximum de sang dans la viande. Le sang était très apprécié à cause de l’eau qu’il contient.
Quelques autres sources de nourriture importantes :
- Tjala (Honeyants), fourmis produisant du miellat. Leur abdomen ressemble à une grosse goutte de miel. Les Aborigènes d’Australie savaient très bien où creuser pour trouver les nids de ces fourmis.
- Maku (Witchetty grub), des larves de papillons de nuit vivant sur les racines de certains arbres. Là encore, les aborigènes connaissaient parfaitement leurs milieu pour chercher à l’endroit adéquat, ce qui représentait une excellente source de protéines.
- Unturngu, petites bananes du bush.
- Lli, figues sauvages.
- Mangata ou Quandong, fruits.
- Kaliny kalinypa, grevillea du désert. Le nectar de ces fleurs était consommé directement ou mélangé à de l’eau.
- Parkilypa, en pressant les feuilles de cette plante on peut en extraire de l’eau potable. Cette plante était utilisée lors des longues périodes de sécheresse.
- Irnangka irnangka, un fushia utilisé comme médicament. Les feuilles sont écrasées dans de l’eau que l’on consomme. Dégage le nez et soigne la toux.
Ce ne sont que quelques exemples parmi des centaines d’autres. Les Aborigènes avaient une connaissance approfondie de leurs milieu, de l’eau et du feu.
Ces connaissances, croyances et cérémonies étaient transmises oralement d’une génération à l’autre sous forme de « devinettes ». Si la personne concernée ne saisissait pas le sens des choses, les anciens considéraient qu’elle n’était pas encore prête.

Aujourd’hui le parc de Uluru /Katatjuta est géré par 4 blancs et 8 sages Aborigènes, 4 femmes, 4 hommes. Ces sages travaillent notamment avec les scientifiques pour tenter de réintroduire des espèces disparues de la région, comme le Commun Brush Tail Possum (Trichosurus vulpecula), le Black Footed Rock Wallaby (Petrogale lateralis), qui n’ont as été observés dans le parc national depuis le début des années 1980. Le Rufus Hare Wallaby, (Lagorchestes hirsutus) et le Bilby (Thylacomidae macrotis) ont eux, disparu du parc national. A noter que le Rufus Hare Wallaby, appelé Mala par les aborigènes, était leur totem.

« Tjukurpa est la base de la vie chez les Anangu (tribus Pitjamtjara et Yankurytjara). Elle explique les rapports entre les êtres humains, les plantes, les animaux et la terre. Tjukurpa relate l’apparition de toutes les créatures vivantes et du paysage. Tjukurpa apprend aux Anangu la bonne façon de se comporter les uns envers les autres et envers l’environnement. Tjukurpa est la loi...
La loi des gouvernements est écrite sur du papier. Tjukurpa, notre loi, est imprimée dans notre esprit et dans notre âme ».
Extrait d’une déclaration inscrite au centre culturel de Uluru.

Le soir de notre arrivée, au pied du gros rocher rouge alors que comme tout touriste moyen, nous prenions des photos de ce magnifique spectacle, je me demandais combien d’entre nous se rendaient réellement compte de ce que Uluru signifie, pas seulement pour les Aborigènes mais pour nous tous.

Olivier Vachez
Novembre 2009
Blog du voyage qui se déroule en ce moment en Australie : Froggienomad

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