Top ten : les livres de l’été

Pas facile de recommander des lectures parmi la marée de nouveautés estivales. J’ai donc pioché dans des anciennetés qui, croyez-moi, valent le détour : ce sont des outils pour l’avenir.

1. Le sol, la terre et les champs, Claude et Lydia Bourguignon, éditions Le Sang de la terre.
C’est "le" livre du siècle. Et comme les qualificatifs dithyrambiques pleuvent à longueur de temps sur des ouvrages médiocres, je n’ai pas froid aux yeux de le dire pour celui-ci qui est réellement excellent. Où l’on découvre la vraie nature du sol que nous foulons et dont nous tirons notre pitance, ses besoins, sa vie, la façon de l’aimer ou pas, de le travailler ou pas, et où l’on comprend qu’il en va de notre survie à tous de renouer avec lui. Le tout porté par un style direct, pédagogique et revigorant où l’on sent la passion des auteurs à chaque page.

2. Pour sauver la planète sortez du capitalisme, Hervé Kempf, Seuil.
Dans ce pamphlet, c’est un état des lieux à la fois moral, social et écologique qui est dressé montrant que contrairement aux leçons des manuels, la caste dominante continue encore et toujours à s’accaparer les ressources humaines et naturelles... Sauf que maintenant le terrain de jeux c’est la planète toute entière. Lire un extrait.

3. La société des vagabonds, Harry Martinson, Agones.
En le lisant, il m’a semblé sentir entre mes mains filer le vent du nord, progresser tout autour de la Suède, à travers champs, de marais en forêt, cherchant moi aussi un abri différent chaque jour, marchant, pauvre mais libre, en quête de plus de liberté encore... C’est le livre de la route, de l’errance brute, du questionnement, des heurs et malheurs du vagabondage. Indépassable. Lire un extrait.

4. Manuel des semences, Dominique Guillet, Kokopelli et Aux sources de notre nourriture : N. Vavilov, Gary Nabhan, Nevicata.
Difficile de les départager... tout dépend du poids autorisé dans vos bagages. Le manuel est en réalité une énorme encyclopédie qui recense toutes les variétés anciennes potagères que l’association Kokopelli diffuse en ce bas monde et dont Dominique Guillet est le fondateur. La biographie de Vavilov décrit le parcours formidable de se grand chercheur russe qui sillonna la planète pour débusquer les berceaux des différentes espèces potagères.

5. Le royaume des cieux est en vous, L. Tolstoï, éd. Le passager clandestin.
L’immense écrivain vieillissant se penche une fois encore sur les injustices de ce monde et prouve que le travail sur soi est à la base de toute évolution sociale. Un petit bijou où l’on verra ce qui influença tant Gandhi. Et pour une fois la préface est excellente. Lire un extrait

6. Oviri - Écrits d’un sauvage, Paul Gauguin, Mille et unes nuits.
Las des salons, séparé, endetté, Gauguin ne s’effraie pas de son échec à la Martinique et tourne le dos au monde bien pensant. Le peintre s’en va aux îles, aux Marquises, à Tahiti. Et là, il découvre l’emprise de l’homme blanc, le colonialisme et s’épuise en vains combats. Mais ce qu’il dit dans ses notes c’est surtout son retour à la vie, loin des artifices sociaux, des codes et des masques. Sauvage, il revient à la couleur, aux corps, à la nature et le lire ressource notre imaginaire.

7. Qu’est-ce que la philosophie antique ?, Pierre Hadot, Folio.
J’imagine que ce n’est pas une question que vous vous posez chaque matin en vous levant, et pourtant... Éminent spécialiste de la période, Pierre Hadot montre ici dans une langue limpide que la philosophie n’est pas ce que l’on croit et que le dialogue relève plus souvent de l’exercice spirituel que de la joute. On y suit des figures de philosophes qui firent de leurs vies (et non de leurs discours) des manuels de philosophie.

8. Enquête sur les savoirs indigènes, J.-P.Crosman et S.Barou, Folio.
Là encore, c’est sur le ton de l’enquête que les auteurs (journalistes et fondateurs des éditions Indigènes) sillonne trois contrées lointaines. Fascinés par l’altérité et la puissance de guérison de certaines cultures, les voici partis chez les Tibétains, les Navajos et les Aborigènes où l’on apprend, entre autres choses, que santé, art et beauté marchent main dans la main pour soigner la terre et les hommes.

9. Propaganda, E. Bernays, La Découverte.
Nous sommes aux États-Unis, au début du si sombre 20e siècle et Bernays fut l’un des plus zélés défenseurs du mode de vie consumériste débilitant dont nous connaissons à présent les limites. Neveu de Freud, il appliqua merveilleusement les thèses de la cure de son oncle à l’apaisement des masses. Avec lui naît la propagande, la naissance puis l’envol de la publicité telle que nous la subissons encore... D’une efficacité redoutable (il signa des campagnes militaires, convainquit les femmes de se mettre à fumer et j’en passe), il faut lire ces lignes d’un cynisme absolu mais qui donnent une solide clef de compréhension du monde actuel.

10. La peur de la nature, F. Terrasson, Sang de la terre.
La peur de la nature est le titre d’un petit livre pas banal où l’auteur rêvasse sur ce qu’est la nature en tentant de voir pourquoi nous la traitons si mal, y compris quand nous pensons la protéger... Lire un extrait