Manger un animal

"Les mois de novembre et de décembre furent accaparés par les travaux de la nouvelle étable et mes émotions pour Bella et Taureau. On ne pouvait vraiment pas parler de repos hivernal. J’avais toujours aimé les bêtes, mais à la manière superficielle des citadins. Et quand soudain je me mis à dépendre entièrement d’elles, tout devint différent. On raconte que des prisonniers ont réussi à apprivoiser des rats, des araignées et des mouches. Je pense qu’ils n’ont fait que se plier à leur situation. Les barrières entre les hommes et les animaux tombent très facilement. Nous appartenons à la même grande famille et quand nous sommes solitaires et malheureux, nous acceptons plus volontiers l’amitié de ces cousins éloignés. Ils souffrent comme nous si on leur fait mal et ils ont comme nous besoin de nourriture, de chaleur et d’un peu de tendresse."

In Le mur invisible, Marlen Haushofer, Actes Sud Babel, p. 274.