Levez les yeux - Karen Blixen

Les arbres de mes rêves sont bien plus hauts que ceux que je contemple les yeux ouverts. J’en évalue en vain la hauteur pour les comparer aux autres arbres du monde réel.

Les distances n’existent plus pour moi, ni les obstacles. Je vole librement, je nage sans effort, je plonge dans des masses d’eau sans fond, dans un univers liquide vert émeraude. Il m’a semblé pendant un instant de béatitude, que la quatrième dimension était à la portée de ma main.

Le monde de mes rêves n’obéit pas aux lois de la pesanteur, il ne connaît qu’une sorte de liberté joyeuse, inexplicable ou tout à fait contraire à la logique des heures de veille et dont le point culminant est la certitude du triomphe.

Les rêves nous libèrent de toute relation avec les forces organisatrices qui soutiennent le monde. Nous nous sommes livrés entre les mains de la conscience universelle et avons conclu un pacte avec les puissances fantastiques sauvages et créatrices de la fantaisie. Il est possible aux hommes de faire appel dans un élan de foi aux forces qui distinguent et organisent le monde. Elles répondront loyalement à leurs fidèles serviteurs et leur accorderont la plus haute sécurité à laquelle les êtres humains peuvent aspirer, c’est-à-dire la paix du cœur.

Karen Blixen, in Ombres sur la prairie, Écho des montagnes