Les Huichols et la non-violence par l’art

Les Indiens Huichols célèbrent la non-violence

Le 30 janvier marque l’anniversaire de la mort de Gandhi (1869-1948) et sera célébré de manière assez particulière sur le site de Chapultepec, aux abords de la mégalopole de Mexico. Un site déjà marqué par la paix puisque les accords dits de Chapultepec y furent signés en 1992, mettant fin à 12 années de guerre civile au Salvador. Un site également marqué par la nature puisque ses 686 hectares sont le poumon vert de la ville. Mais pourquoi rassembler en ce jour les Huichols autour de Gandhi ?

Qui sont les Huichols ?
C’est en 1722, soit assez tardivement, que les conquérants Espagnols entrent dans la Sierra Madre, un terrain montagneux très difficile d’accès. Ils « découvrent » alors ces Indiens dont ils s’empressent d’accaparer les terres où se cultivent maïs, courges et haricots. Depuis près de trois siècles, leur combat pour récupérer leurs terres continue (1) même si les Huichols ont longtemps été connus pour avoir réussi à conserver leurs traditions, notamment spirituelles, loin de l’influence catholique. Leur population est aujourd’hui environ d’44 000 personnes réparties sur une aire de quelque 4 000 hectares, au croisement de plusieurs régions mexicaines.

Depuis le XXe siècle, l’influence occidentale les a largement touchés : routes, écoles, centre de soins, maisons en parpaing remplacent progressivement les ranchos ancestraux, série de maisonnettes d’une pièce construites en pierre, boue et paille, et regroupées autour d’une cour. Malgré tout, les Huichols ont su préserver jusqu’à aujourd’hui une organisation politique spécifique : leur assemblée se réunit quatre fois par an et cinq gouvernements traditionnels (élus pour un an) se partagent la gestion de la communauté. Un conseil des Anciens (nommés à vie) composé de chamanes prend en charge la vie spirituelle en assurant la transmission de la mythologie et des rituels. L’un des plus fameux, la Chasse au Cerf, vient conclure toute une période de pèlerinage, ressourcement et purification commémorant le culte du peyotl, ce cactus hallucinogène. Ces moments très forts pour le maintien de l’identité Huichol se tiennent sur un lieu sacré, le Cerro del Quemado : c’est là que chacun renoue avec son identité spirituelle. Dans leur langue les Huichols l’appellent "Wirikuta" et selon leurs traditions, c’est ici que le soleil est né. Chaque année, ils viennent de partout jusqu’à Wirikuta pour demander la protection de leurs dieux. Ces fêtes se terminent par la Danse du Peyotl célébrant la fin de la saison sèche.

Le cactus ou l’argent ?
Actuellement, cette zone sacrée est menacée : depuis fin 2009, le gouvernement mexicain y a octroyé une concession d’environ 6 000 hectares pour l’exploitation de mines d’argent à une entreprise canadienne. Or, ces terrains ne se trouvent qu’à 2 km de Wirikuta ! Les Huichols considèrent que, même si souterraines, les activités minières mettent en péril les ressources naturelles de la région (notamment le précieux peyotl et les nappes phréatiques), ainsi que la préservation du cœur même de leur culture et de leurs traditions. Cette invasion de leur territoire sacré est également un immense sacrilège spirituel : les Huichols ne sont pas intéressés par la propriété ni la possession car pour eux, leur l’important est d’avoir un cœur intérieur fort et sain (iyari), l’identité spirituelle étant le guide de l’identité terrestre. Ainsi, comme la totalité des peuples dits premiers, des Aborigènes d’Australie aux Sames du Grand Nord, la relation à la nature nourricière est pour eux éminemment sacrée. Dans l’espoir d’être entendus, des représentants de la communauté Huichol se sont récemment rendus à la Conférence sur les Changements Climatiques de Cancún (COP-16) pour manifester leurs préoccupations au gouvernement... hélas, l’accès à la salle de conférence leur a été refusé.

La créativité au service de la non-violence
Par delà les cultures, les histoires et les océans, ces Indiens mexicains tendent la main aux Indiens du Nord de l’Inde. En effet, depuis 2005, l’Université Gujarat Vidyapith travaille en lien avec le Mexique sur un programme d’éducation à la non-violence par l’art. Fondée en 1920 par Gandhi, cette université se trouve à Ahmedabad, dans l’état du Gujarat, un état assez particulier du Nord de l’Inde, resté profondément fidèle aux préceptes du Mahatma : toute la population y est végétarienne, largement rurale et non-violente.

Cette université n’a rien à voir avec nos modèles occidentaux : les enseignements insistent sur la valeur morale du travail, sur l’esprit de tolérance et la priorité donnée aux populations rurales ainsi qu’au plus grand respect des traditions et pratiques locales. Ce peut être en Inde, par exemple, la production de khadi, ces vêtements traditionnels en coton tissés à la main et réalisés dans de petits ateliers. Selon Gandhi, maintenir un lien fort entre les hommes et leurs traditions est une garantie d’autonomie et l’ahimsa, pratique de la non-violence, s’enracine très concrètement dans le bien-être de tous. Concerts, dessins, lectures et théâtre sont ainsi au programme d’une éducation à la non-violence qui se déroule surtout dans des écoles mexicaines depuis 5 ans, notamment en lien avec l’Université autonome de Tlatelolco. Ce projet indo-mexicain porte le joli nom de Ora World Mandala car la figure du mandala est l’une des plus fortes pour illustrer les liens d’interdépendances existant entre toutes les créatures. En présence des représentants Huichols, de l’Ambassadeur d’Inde au Mexique et de divers acteurs locaux, un forum sur la Non-Violence s’ouvrira ce dimanche, un hommage sera rendu au Mahatma et une nouvelle étape vers la diffusion de l’importance de la non-violence s’ouvrira... en espérant que leur voix soit entendue.

Eva Wissenz

Site Ora World Mandala (en anglais)
Page de l’événement (en espagnol)
Photos d’Angélique Boudet, Photospace

(1) Ce combat - qui dure depuis des siècles - est actuellement remarquablement illustré au cinéma par Tambien la lluvia, d’Iciar Bollain, qui inclut dans une fiction la lutte pour l’eau des Indiens de Colombie à Cochabamba en 2000.

Texte publié par Alternatives Canada.

(janvier 2011)