Le mystère Secrétant

L’histoire des Arts en général et de la littérature en particulier est pleine d’accrocs, de trous, d’oublis, de trappes et recoins où se nichent de vraies perles.

La langue indique souvent un talent fou et oui, une masse considérable de talents fous sont tapis là, dans l’ombre, attendant d’être découverts, lus, partagés.

Danièle Secrétant a un talent fou. Respectable Bisontine, engagée, paisible, on lui confierait sans mal son chat pour le week-end et on aurait bien raison car le matou en question risquerait de passer d’excellentes heures, coincé entre la théière fumante, un disque bien choisi, un livre d’art ouvert en grand et les prochaines pages de son roman. Car Danièle Secrétant est un écrivain au style net, puissant et tourmenté. Comment une telle obscurité peut-elle se nicher sous un air si avenant ? Mystère. Et mystère aussi qu’aucune maison d’édition connue n’ait flairé le talent.

Il y a donc deux livres, dont un co-écrit avec sa fille et signé du pseudo Ada Nisen. Deux livres d’une grande noirceur toujours zébrée de neige qui disent, dans la meilleure tradition du roman noir, tant et tant de choses justes sur les hommes.

La Femme paratonnerre a ma préférence parce que c’est une histoire mythologique de vie volée, de femmes, de luttes, de superstitions et de liberté. Roman, journal, où les histoires s’imbriquent dans des paysages de neige dont les descriptions sont à couper le souffle... Vivant en Finlande, en matière de neige je sais de quoi je parle...

L’autre, Les hommes des sous-bois, dont une suite est d’ores et déjà annoncée, s’inscrit dans la ligne du polar social. On sait que j’ai peu de goût pour ce genre de textes violents mais la connaissance qu’a Danièle Secrétant de l’univers des travailleurs sociaux où elle a passé une bonne partie de sa vie permet d’entrer de plain pied dans ce monde et de le regarder en face, avec sa violence inhérente, sans atermoiements, sans fausses questions ni réponses toutes faites. Un polar qui utilise tous les codes du genre à merveille et nous rapproche du sujet, un polar solidaire en somme.

On trouvera ces excellents livres chez un éditeur suisse qui, lui, a du flair !