La magie comme langage

"Je tente de ne pas séparer une idée de son contexte. Très tôt le matin, je descends courir avec les chiens sur la plage dans la brume d’été. L’océan murmure : tout est doux, gris et bleu argent. Une ligne d’oiseaux suit l’écume des vagues et disparaît de la vue quand la crête la cache. La marée descend. Il y a des oursins près de mes pieds et des coquilles d’oursins fossiles enchâssés dans les rochers noirs.
Les formes de pensées de l’immanence sont enchâssées dans le contexte ; elles sont contexte et contenu, comme ce fossile est maintenant un rocher.
Imaginons que nous vivons dans une culture où le temps est cyclique, où l’oursin existe à côté de son fossile (comme il le fait). Où tout est vu comme un éternel retour, de la même manière que les oiseaux vont revenir à la vue avec le mouvement des vagues. Comme je retourne à la plage, toujours et toujours.
Imaginons que rien ne reste en dehors de ce retour, l’oiseau n’est pas séparé de la vague mais tous deux participent au même rythme. Imaginons que je sache - non pas intellectuellement mais dans mon corps et mon coeur - que je ne me tiens pas séparée de l’oursin ou du fossile ; que les forces lentes qui forment la vie de l’un et qui ont préservé l’autre sous la pression forte des boues en train de sédimenter, cycle par cycle, sont les mêmes forces qui ont formé ma vie ; alors en tenant le fossile dans ma main je regarde dans un miroir."

Texte : Starhawk, in Femmes Magie Politique.
Images : La Grand Vague de Kanagawa de Hokusaï (1760-1849) et Robert Smithson, Spiral Jetty at Great Salt Lake, Utah, 1970. Photo : George Steinmetz.