En route pour la gloire

Si vous avez envie d’un vrai bon livre comme il n’y en n’a pas tant, laissez tout tomber et foncez vous procurer En route pour la gloire de Woody Guthrie.

Comment j’ai entendu parler de ce livre - c’est déjà une histoire en soi. Et comment il est arrivé jusqu’à moi (merci Alexandra) en est une autre. Reste qu’une fois la lecture achevée, ça brûle tellement, ça fait tellement de bien que je n’ai qu’une envie c’est de le poser sur le banc virtuel qu’est ce site et vous le passer !

Woody Guthrie n’est presque personne, un hobo, un vagabond, un chanteur de rue qui a enregistré quelques milliers de compositions qui, toutes, font partie du patrimoine populaire américain, le folklore.

Woody est dans ce fichu train qui l’emmène vers la gloire. Un train de wagons à bestiaux plein à craquer de bonshommes qui se trimballent sur tout le territoire américain pour trouver du travail.

On n’en n’est pas encore tout à fait là en Europe où l’on ne voit pas de trains entiers de chômeurs et pourtant c’est fou ce que cette autobiographie, et le pays en crise qu’elle décrit, sonne contemporain. Avec quelque chose en plus, quelque chose qu’on a perdu : cette croyance que par notre travail on peut vraiment être quelqu’un, qu’on est digne, libre et que ça a du sens.

Woody traverse le pays tous azimuts, travaille, fait mille-et-un petits boulots, et chante. Tout ce qu’il voit, tout ce qu’il vit et partage, le bon et beaucoup de moins bon, mettant toujours sa liberté en avant, quitte à refuser des offres alléchantes pour continuer à pouvoir chanter comme il l’entend.

En réaction à la chanson God bless America qu’il jugeait trop naïve, Woody Guthrie composa This land is your land, émerveillé par toutes les paysages grandioses qu’il voyait depuis d’innombrables trains, jamais dégoûté des humains finalement, invitant chacun à faire de ce pays son pays. Aujourd’hui, que les terres accaparées et les maisons à crédit et les vies des gens semblent appartenir à tout un système bancaire qui ne veut pas précisément notre bien, qui pourrait encore chanter cela avec foi ?

Si Guthrie n’a pas les sublimes labyrinthes poétiques du Sandemar d’Harry Martinson, il a la sincérité d’une expérience directe d’une vie à chercher quatre sous doublée d’un style unique pour vous emmener sur les routes de sa vie (chapeau le traducteur !), des routes dont les manuels d’histoire ne parlent plus, notamment toute cette ruée vers le pétrole que les Etats-Unis ont connue.

"Le pétrole était plus que l’or n’a été ou ne sera jamais, parce que l’on ne peut pas fabriquer de la lotion capillaire ou du parfum, du TNT ou des toitures, ni faire rouler une auto rien qu’avec de l’or. On ne peut pas canaliser cet or vers l’est pour faire marcher les usines, non plus.
La religion du pétrole, disaient les gars, c’était de ramasser tout ce qu’on peut, puis de dépenser tout ce qu’on peut aussi vite qu’on peut, et puis de mourir où on peut." (p. 116)