En écho à trois arbres d’Anne Slacik

Neige

Si sous le toit du chalet
Demain tu t’appliques
Lorsque le soir sombre
Et que le feu patiemment crépite,
Mettant entre deux sourcils hermétiques
L’ardeur d’un questionnement
Et que la nuit tout autour
Reste muette,
Ne t’étonne pas.

Le silence est sa réponse.

La Chambre des muses

Aux murs les tapisseries déroulent
Les silhouettes verveine d’une histoire rêvée
Où la jeune fille aux cheveux relevés
S’empare sans crainte du fuseau périlleux
Par les Parques oublié.
Immense, elle tisse sur les racines de papier
Le fil d’une identité muette
Ouverte pourtant aux yeux clairs
De celle qui aimait jadis assez le silence
Pour n’en perdre jamais la palpitation coralline.
Autour, par endroit, le long des lés déroulés
Des feuillages anglais éveillent dans l’air
Toute une douceur d’amande et de miel
Sur un écheveau de pensées ensommeillées.
Image mouvante, un cavalier au loin
S’approchera peut-être sans s’effrayer
Des vastes buissons dressant leurs épines sépia,
Laissant à terre choir ce manteau de nuit,
Découvrant au jour son visage à la belle,
Tandis que la lyre contre l’arbre s’endort.

De l’autre côté du monde

Une goutte d’eau
File lente
Au long de l’arbre
Pour s’enfouir
Furtive et secrète
Dans la chaleur compacte
De la terre mate
Au sol enraciné
Ressurgie vers toi
Sous l’océan
Dans l’émotion d’autres heures
Discrètes
Et passablement nocturnes.



(c) Solander
Textes extraits de La Méridienne - recueil inédit
Les œuvres sont reproduites avec l’aimable autorisation d’Anne Slacik, voir son site.