Des nouvelles - En conclusion des Tableaux Parisiens

Un fou est passé ce matin devant chez moi et m’a demandé comment ça va ? C’est un matin de grand vent qui annonce des tempêtes sur la lande des macadams où poussent péniblement les platanes.
J’ai répondu : « nous sommes des millions et pourtant quand le jour s’achève, ou commence, nous nous sentons quand même seuls, et tu me demandes si ça va aimable fou ? »

Un fou est passé au goûter devant ma porte et m’a demandé comment ça va ? C’est un instant de brume légère de début de printemps qui s’étale à plat sur les bois autour de ma maison.
J’ai répondu : « les poissons se font des panini de mazout et je n’ai pas assez pour payer à mon fils un peu de chocolat, ma voisine se noie dans ses verres d’alcool, et tu passes encore me demander si ça va, pénible fou ? »

Un fou est passé à la nuit tombée devant ma fenêtre et s’est arrêté pour regarder sans rien demander. C’est une nuit douce et claire où je n’ai pas trop froid près du poêle. J’ai ouvert la fenêtre pour laisser l’homme entrer et lui ai dit, « mon cœur se réjouit toujours de ton passage, sous l’étoile du soir ma vie se trouve finalement encore toute pleine de rires, d’espoirs et d’inventions de quatre sous entre deux chansons. Reviens, beau fou, tant que tu voudras, et demande-moi encore si ça va… »

(c) Eva Wissenz