Avec Martin Luther King

Il y a des lectures qui vous laissent absolument sonnés, Why we can’t wait de Martin Luther King en est une. Ce livre est juste extraordinairement clair, sain, bon, engagé et engageant.
J’y reviendrai très prochainement et en attendant, un petit exercice littéraire où j’ai remplacé (en italiques) les Noirs Américains des années 60 dont parle l’auteur par les Pauvres Internationaux Toutes Catégories Confondues d’aujourdhui (précisément ceux que l’on dissimule sous des acronymes comme PITCC ou SDF).

"Au fond, ceux qui, bien ou mal intentionnés, demandent : "Qu’est-ce que le Pauvre veut de plus ?" ou : "Quand sera-t-il satisfait ?" ou "Quel prix devrons-nous payer pour faire cesser ces manifestations ?", ceux-là demandent simplement au Pauvre d’acheter quelque chose qui lui appartient déjà, selon toutes les conceptions légales et juridiques, et aussi selon notre héritage judéo-chrétien. Bien plus, ils réclament au Pauvre qu’il se contente d’une demi-portion qu’il paiera par sa patiente attente de la seconde portion, laquelle lui sera finalement dispensée par miettes successives, tout au long d’un interminable hiver glacé d’injustice. J’aimerais demander à ces gens qui veulent nous distribuer ces droits dont ils ont eux-mêmes toujours joui, s’ils croient que les termes de la Déclaration des Droits de l’Homme sous-entendaient que la liberté devrait être divisée en portions distribuables avec parcimonie, selon un plan de versements échelonnés ?
La nature n’a-t-elle pas fait de la naissance un acte unique et indivisible ?
La liberté n’est-elle pas le contraire de l’esclavage et ne doit-on pas abolir définitivement le second pour donner naissance à la première ?
[...] Il ne sera pas facile de trouver une solution à ce problème complexe. Cela ne veut pas dire que ce sera impossible. Si on considère ces difficultés comme autant de défis à relever, plutôt que comme des obstacles, nous avancerons, à condition d’admettre que nous ne sommes pas des magiciens. Nous progresserons si nous sommes conscients du fait que quatre siècles d’erreurs ne s’effacent pas par quatre minutes d’expiation."

in La révolution non-violente, Payot, pp. 184-187.

*Sur l’esclavage moderne lire cet article du Monde.