Artisans du changement à l’Unesco

Commencée en 2009, la série de documentaires des Artisans du Changement lançait sa 2e saison au début de l’année 2011. Trente portraits de pionniers qui construisent un peu partout le monde de demain vont être diffusés. Trente occasions de prendre courage et de s’inspirer ! L’événement s’est passé à l’Unesco où un premier film a été présenté au public, suivi d’un débat avec des acteurs français du changement.

Qui sont les Artisans du Changement ?
Au départ, l’envie vint aux journalistes et à l’équipe de production de LatoSensu de voir autre chose que la tonne de nouvelles déprimantes servies à longueur de journaux (télévisés ou autres...). Les voilà donc partis pour une première série de documentaires qui aboutit en 2009 avec un fort soutien de la Fondation Nicolas Hulot. L’équipe est motivée, les documentaires sont à la fois sobres et prenants – ce qui est un défi car chaque enjeu environnemental est souvent complexe et il faut bien faire comprendre les particularités du terrain pour que les actions soient appréciées à leur juste valeur. Ainsi, on peut dire à toute vitesse : oh oui, plantons des arbres ! Mais en fonction du sol, de la tradition, des coutumes, quelle variété choisir ? Comment et à quel rythme les planter ? Pour quel usage au final ?
Pari de clarté tenu et renouvelé pour cette 2e saison.

Le Salaire de l’espoir
C’est sous ce titre que le réalisateur Sylvain Braun et son équipe proposent 3 portraits. Seri Youlou au Burkina-Faso et son complice en France, Thomas Granier qui diffusent la technique très ancienne de la voûte nubienne. Au Burkina, les maisons sont généralement couvertes de tôle, matériau importé, donc cher, et aux qualités thermiques nulles. Les maisons traditionnelles en banco sur charpentes de bois ne sont plus possibles en raison de la déforestation galopante... Comment faire ? Entièrement en terre, la voûte nubienne est une solution remarquable. Autre portrait, celui de Bagore Bathily, effaré de voir que les Sénégalais doivent acheter (très cher) du lait importé alors que leur lait local est dédaigné. La Laiterie du Berger voit donc le jour, qui collecte, pasteurise et distribue le lait sénégalais avec succès.

Enfin, au Pérou, Albina Ruiz s’est attelée au traitement des déchets. Vaste programme puisque près de 20 000 tonnes de déchets sont générés chaque jour et à peine un tiers sont traités correctement. Dans un état corrompu, les services publiques sont devenus fantomatiques et les quatiers-dépotoirs pullulent. Pour se donner un petit métier, des recycleurs avaient entrepris de ramasser ces déchets. Mais dans l’ombre, contrés (parfois violemment) par les officiels et autres, ces hommes et ces femmes n’avaient aucun statut avant qu’Albina, avec son ONG Ciudad Saludable, ne leur vienne en aide. Elle les incite à se regrouper, à s’organiser en micro-entreprises pour pouvoir vendre les déchets directement aux entreprises de recyclage, avoir accès au micro-crédit, obtenir du matériel adéquat, exercer leur emploi dans la dignité et améliorer la qualité de vie de tous. Débordante de vitalité, on dirait que rien n’arrête Albina, surtout quand elle réunit autour de la table des politiques et des recycleurs, demandant que chaque séance de travail se termine par un abrazo parce que, dit-elle, « en se prenant dans les bras, il n’y a plus de différence de classes, on est juste deux humains ».

Le sourire d’Albina...
Albina travaille avec acharnement sur la question des déchets depuis ses études à l’Université nationale d’ingénierie de Lima et a créé son ONG en 2001. Après la projection, encore sous le charme de l’humanité d’Albina, le maître de cérémonie a accueilli à bras ouverts la dame au sourire éclatant venue tout spécialement pour l’occasion... Les bras s’ouvrirent, le temps d’un abrazo aussi chaleureux que fraternel... Mais, las, nous ne sommes pas dans un pays du Sud et l’ambiance redevint rapidement très « française » pour ne pas dire super coincée : des analyses sur la vertu possible du capitalisme proposées par le philosophe Patrick Viveret, des critiques des progrès techniques portées par Elisabeth Laville, en compagnie du journaliste Yves Leers, du réalisteur Sylvain Braun et de Thomas Granier, plutôt intimidé. Chaque culture a sa couleur, le gris fait partie de la nôtre mais gageons que ce n’est pas la seule ! Le point commun entre ces hommes et ces femmes d’ici et d’ailleurs ? Vivre là où ils sont et là où ils en sont leur espoir d’un monde plus juste et plus en accord avec un certain bon sens. Totalement dans la proposition concrète, ils re-créent ainsi de l’emploi, du sens, de la dignité et des activités locales en accord avec la nature. Bref, le genre de beauté qui sauvera le monde évoquée par Pierre Rabhi !

Eva Wissenz
(Janvier 2011)

Les documentaires sont diffusés sur Ushuaïa TV, RDI, TV5 Monde et TFO.
Site : http://www.artisansduchangement.tv/

Article paru dans The Different Magazine et dans l’Être au Monde (mars 2011).